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Physiologie de la peau saine : hydration, hygiène, soins, conseils

6 février 2015, par VERSCHOORE M. & SAINT LEGER D.

Sommaire

PHYSIOLOGIE DE LA PEAU HUMAINE

L’ÉPIDERME

Ce fin tissu épithélial (env. 50-70μm) est en renouvellement constant. Il comprend et abrite 4 types cellulaires majeurs :

– les kératinocytes (environ 95% des cellules), dont le renouvellement et transformations incessantes (kératinisation) permet, de la couche basale à la surface de la peau, l’édification de ce tissu dont la signature biochimique est la grande richesse en protéines insolubles, les kératines ;

– les mélanocytes (environ 3%), cellules en charge de la production de pigments mélaniques (eumélanine, phaeomélanine), chaque mélanocyte assurant le transfert de ces pigments (mélanosomes) à une trentaine de de kératinocytes environnants, sous forme de grains plus ou moins compacts ou diffus ;

– les cellules de Langherans (environ 2%), d’origine non cutanée (moelle osseuse) sont des sentinelles immunitaires, en charge de la détection de structures étrangères et/ou allergisantes. Elles peuvent en effet circuler et, en final, alerter les Lymphocytes T des ganglions lymphatiques, les informer de la structure moléculaire « étrangère » et provoquer leur multiplication spécifique et leur déplacement sur les lieux concernés par l’invasion ;

– les cellules de Merkel (environ 0,5%) assurant la perception et la conduction des différents influx nerveux transmis par quelques 2 millions de récepteurs répartis sur toute la peau. L’épiderme devient antenne et émetteur.

Au plan métabolique et énergétique, contrairement à une idée répandue, la peau (l’épiderme) ne respire pas. L’épiderme fonctionne surtout en voie anaérobie, i.e. ne consommant pas les sucres jusqu’à leur terme ultime (production d’acide lactique au lieu de CO2 et H2O). Le tableau I résume quelques principaux effecteurs auxquels les différents types cellulaires de l’épiderme sont sensibles.

Kératinisation, eau et épiderme

L’épiderme sain montre un taux de division cellulaire faible mais permanent : la couche basale montre en effet un index mitotique de l’ordre de 10% (pourcentage de cellules en division à un instant t). Ce point est important car il indique que l’épiderme possède ainsi une grande réserve de multiplications kératinocytaires en cas de nécessité liée à des processus inflammatoires et/ou de réparation (coupure, brûlure…). Dans le cas du Psoriasis, désordre inflammatoire type, l’index mitotique avoisine les 100%.

Le processus de maturation dite de « kératinisation » ou différenciation terminale, dure de 4 à -5 semaines et la desquamation en est le terme ultime. Cette phase, à l’état normal, libère les cellules terminales (cornéocytes) sous forme de cellule isolée, invisible à l’œil (env 40μm) et alors dépourvue de noyau. Dés lors, la desquamation sous forme d’amas cornéocytaires visibles (squames) traduit un phénomène de dys-kératinisation, classiquement observée dans les états inflammatoires (eczema, psoriasis, pellicules…). Cette phase terminale implique aussi les transformations progressives de protéines constitutives de la membrane cornéocytaire (Loricrine, Involucrine, periplakine..) se rigidifiant par la formation de liaisons covalentes inter-chaines cross-links successifs sous l’action de diverses Transglutaminases (types 1, 3, ou 5). Les lipides inter-cellulaires, générés par les corps d’Odland puis organisés en phase lamellaire, subissent eux aussi de profondes modifications, en particulier de type hydrolytique (Ceramidases, Phospholipases..). Les Phospholipides deviennent ainsi absents à la surface du S.C. Le contenu intra-cellulaire des kératinocytes n’échappe pas à sces intenses activités : les kératines constitutives et autres protéines (Profilagrine, Keratohyaline, Loricrine..), progressivement transformées (Profilagrine, Keratohyaline, Loricrine..) puis dégradées, seront à l’orine des N.M.F (Natural Moisturizing Factors) tels que l’acide lactique, l’acide pyrrolidone carboxylique et divers acides aminés à forte capacité rétentionnelle d’eau. L’ensemble de ces activités enzymatiques requiert, pour un fonctionnement idéal, la présence de l’élément clé qu’est l’eau libre. Cette dernière (et ses solutés divers) circule aussi de cellules en cellules via des protéines transmembranaires, les aquaporines. Outre son importance pour les activités enzymatiques mentionnées, l’eau va assurer de plus un contrôle strict de deux facteurs majeurs : l’établissement d’un gradient de Calcium au sein de l’épideme et du stratum corneum (S.C) et celui d’un pH acide (pas de notion de pH sans eau..), étant tous deux de puissants effecteurs des multiplication et différentiation kératinocytaire. S’agissant du pH, par exemple, deux enzymes responsables de la synthèse des Céramides (β glucocérébrosidase, Ssphyngomyelinase) n’atteignent leur activité maximale qu’à pH acides (5,6 et 4,5 respectivement), leurs activités étant considérablement réduites à pH 7. Pour l’essentiel, le pH légérement acide de la surface du S.C ( pH 5-6) résulte surtout de la présence permanente de l’acide lactique, ultime « déchet » de l’activité métabolique anaérobie de l’épiderme et produit de la sudation eccrine.

En bref, lors de la formation de cette structure complexe et de sa régulation, l’eau occupe un rôle d’autant plus fondamental qu’elle même doit : i) subir un contrôle strict par le S.C et ses lipides inter-cellulaires de son flux interne (du derme hydraté vers la surface), qui représente la P.I.E (Perte Insensible en Eau) en surface et ii) s’établir en gradient au sein de l’épiderme, sa teneur passant de 40-50% dans les des couches basales, vivantes, à 10%-12% au sein du S.C. car, ultime paradoxe, la relative sécheresse de la surface cutanée est aussi le garant d’une bonne fonction barrière et, ultérieurement, de son hygiène.

Le stratum corneum, fruit de l’épiderme

Structure

Le S.C est la scène sur et au sein de laquelle un grand nombre d’acteurs interdépendants sont réunis. Cette structure de 10-15μm, (l’épaisseur d’un papier à cigarettes) sur l ‘avant bras par exemple, est une remarquable stratification de cellules aplaties et cornifiées (épaisseur env. 0,5μm), larges d’env. 40μm, dépourvues de matériel génétique : les cornéocytes. Ces dernières sont liées entre elles par de fortes « attaches » protéiques, les cornéo-desmosomes, dont la structure solidité est progressivement relâchée par un ensemble d’activités protéasiques puis détruite, libérant alors chaque cornéocyte de tout lien : c’est la desquamation naturelle, sorte de mue permanente de la peau humaine. On peut estimer que chaque jour, 4-5 grammes de cornéocytes s’éliminent ainsi, imperceptiblement, de notre nos corps par ce phénomène desquamatif. On peut déjà percevoir ce processus comme un facteur important d’élimination naturelle de contaminants de tous ordres présents dans la peau et à la surface de ces cellules mortes.

 Les cornéocytes apparaissent empilés par strates (15 à 20, voire plus) entourés d’un milieu intercellulaire riche en lipides (Céramides, Cholestérol, Cholestérol-Sulfate, Triglycérides…), en une organisation souvent comparée à l’assemblage union « briques-mortier ». Image évocatrice, mais qui laisse à penser que ces lipides inter-cellulaires (les lipides dits épidermiques), représentent « l’adhésif » ou le mortier biochimique inter-cornéocytaire. Si ces lipides possèdent une réelle fonction de contrôle dans la diffusion de l’eau au sein du S.C, ils ne sont nullement responsables de l’adhésion inter-cornéocytaires, assurée essentiellement par des structures spécifiques, les cornéo-desmosomes.

Fonction

Le S.C possède avant tout une fonction barrière. Il est en quelque sorte une structure « morte » protégeant les cellules épidermiques vivantes sous-jacentes. Le tableau II résume les principales fonctions barrières qu’il autorise en état normal, non modifié par un désordre cutané. Il explique globalement les graves conséquences d’évènements (e.g. brûlures) le faisant brutalement disparaître (déshydratation, infections…).

Le film de surface

La surface cutanée, comme notre planète, présente différents « climats » d’un site cutané à l’autre. Car les fonctions annexes (sébacée, sudorale apocrine..), réparties de façon non homogène, vont constituer des milieux biochimiques de surface fort différents bien que son pH acide (de 5 à 6 en général) en est dénominateur commun. La quasi absence de la fonction sébacée dans les extrémités (avant bras, jambes, pieds..) rend compte en grande partie de la fréquence accrue de xérose sur ces sites. Ailleurs, le caractère naturellement occlusif des aisselles, où sudation forte et température élevée en font un site de climat davantage « tropical ». Quant aux régions riches en sébum (visage, dos, cuir chevelu..), privilégiant l’épanouissement d’une flore résidente lipophile, les interactions de celle ci avec le tissu- hôte sont à l’origine de processus inflammatoires perturbant fortement la physiologie du S.C (acné, pellicules..). Au plan pratique, les produits de nettoyage et d’hydratation se doivent de s’adapter à cette mosaïque de climats cutanés. Leur efficacité peut être mesurée par de nombreux appareils dont le récent Skinchip® qui, par contact de milliers de capteurs, cartographie l’hydratation cutanée de surface et son micro-relief. Bien hydraté ou ré-hydraté, le S.C montre de meilleures capacités à conduire les influx nerveux tactiles. Enfin, critère d’importance, l’épaisseur du S.C s’avère hautement variable (de 15μm à 1 mm ou plus dans le cas des paumes ou plantes des pieds), en adaptation à leurs expositions aux frictions et sollicitations permanentes. Une telle épaisseur en fait une barrière remarquablement efficace à différents agents, rayonnements UV inclus.

LE DERME

Tissu de soutien sous jacent à l’épiderme et responsable majeur des propriétés mécaniques de la peau, il est en revanche plus épais (de 1 à 2mm selon sites) que ce dernier. A l’inverse de l’épiderme, il est davantage composé d’un réseau dense de macromolécules (Collagène, Elastine, Glycosaminoglicans) que de cellules (fibroblastes) qui ont synthétisé cette matrice extra-cellulaire. Par sa composition en ces macro-molécules, le derme remplit 3 fonctions majeures :

 i) réserve d’eau libre et liée, ii) tissu de soutien et de résistance physique aux stress mécaniques (souplesse, fermeté) et iii) tissue d’ancrage du réseau sanguin sous-épidermique et des annexes cutanées.

Avec l’âge et les expositions solaires, le derme subit de profondes transformations : certaines macromolécules se raréfient (collagène), hydrolysées par les métalloprotéinases (MMP’s) des fibroblastes tandis que d’autres se réticulent i.e. s’épaississent, s’accumulent (Elastose) ou sont modifiées par adjonctions de sucres (Glycation). Il en résulte un tissu dermique de moindre souplesse, moins hydraté. Ces faits sont particulièrement nets dans la partie superficielle du derme (derme papillaire), alors moins apte à alimenter l’épiderme en substances solubles ou cellules immunitaires sanguines. Les tracés ultra-sonores montrent en cette zone l’apparition progressive d’une bande non échogène (raréfaction de l’eau libre) qui s‘épaissit avec l’âge et les expositions solaires, tous deux conduisant à l’apparition de profondes modifications telles que les rides faciales en surface.

LES ANNEXES

Glandes eccrines et apocrines

Ces deux annexes se différencient par 4 critères majeurs (Tableau III) : i) leurs fonctions, ii) leurs localisations et anatomies iii) leurs productions et iv) leurs régulations.

Les odeurs axillaires

Les aisselles représentent un milieu micro-écologique particulier : relativement occlus, à température plus élevée (proche de 37°C vs peau aux alentours de 33°C) et à forte humidité. Elles rassemblent aussi les deux types de glandes sudorales en grands nombres et constituent un milieu biochimique particulièrement riche en sébum, eau, lipoprotéines, hormones stéroidiennes, sels, acides aminés, urée. La production de sueur, et l’intensité des odeurs développées sont plus élevées chez l’homme que la femme (voir Peau Masculine/Féminine, ci-dessous) sans doute en raison d’une plus forte activité sébacée. Un tel milieu sélectionne en toute logique une flore résidente spécifique particulièrement riche en bactéries de types Staphylocoques et Corynebactéries. Par leurs équipements enzymatiques, ces dernières transforment ce milieu, libérant de nombreuses espèces volatiles souvent malodorantes auxquelles se joignent quelques traces d’ammoniaque générées par la transformation (uréase) de l’urée de la sueur. A l’heure actuelle, il semble clair que ces composés malodorants sont variables selon les individus et représentent donc des profils différents, comprenant l’acide Trans Methyl héxénoïque, l’acide 3 hydroxy 3 methylhexanoique, certains androstènes, ou des composés Soufrés tels que le 3 Sulfanylalkan 1-ols-2,5 en différentes proportions. En bref, un composé ne peut résumer à lui seul les variabilités inter-individuelles des odeurs axillaires, en analogie avec d’autres substrats (vins, alcools, légumes, fromages, fruits, fleurs…) aux subtils et différents mélanges odoriférants.

La sueur axillaire représente ainsi la source primaire du développement de tels composés volatils et leur prévention ou leur inhibition par des produits topiques cosmétiques intervient sur deux axes, possiblement combinés, outre bien entendu les mesures indispensables d’hygiène quotidienne (douche, lavage) : i) prévenir ou ralentir la sudation i.e anti-perspirants et/ou ii) freiner le développement et l’activité microbienne de la flore axillaire par action antibactérienne. Le tableau IV résume leurs principales caractéristiques.

La glande sébacée

Productrice de sébum (mélange natif de Squalène (env.15%), Triglycérides (env.60%) et Cires (env.25%), la glande sébacée n’est pas uniformément répartie le long du corps humain. Annexe systématique du follicule pileux (terminal comme vellus), on la trouve concentrée dans les régions supérieures (visage, scalp, torse supérieur) où sa densité atteint alors environ 600/cm2, et absente dans les régions terminales (mains, pieds). Les régions riches en Glandes sébacées sont donc les sites privilégiés de la Peau Grasse et de l’acné du visage (scalp non concerné) et du dos supérieur. Sa densité, sur le visage, est aussi variable : forte sur le front et la région centrale (nez), traduction d’une « zone en forme de T, T Zone » faciale particulièrement grasse. Les liens entre peau grasse et alimentation demeurent encore obscurs. S’ils existent, ils sont vraisemblablement davantage liés à des résidus hormonaux présents (laits par exemple) qu’avec les ingrédients alimentaires riches en énergie (sucres, graisses) comme le chocolat ou la charcuterie. Car, au plan énergétique, la glande sébacée est autonome par ses propres réserves en glycogène qu’elle régule.

Selon le sexe (glande à caractère sexuel secondaire et très sensible aux androgènes), sa production assez constante s’établit de 0,5 à 2μg/cm2/minute en ces sites, mais qui progressivement décroit au delà de 40 ans, chez quasiment toutes les ethnies humaines et devient inexistante après 70 ans. Durant les âges de pleine activité sébacée, on peut estimer que chaque heure, 50-100 mg de sébum sont délivrés sur la peau totale du visage.

LES "TYPES" DE PEAU

PEAU GRASSE, PEAU SÈCHE

La dualité eau/huile s’exprime ici pleinement au sein des structures cutanées et explique en grande partie les différents types de formulations cosmétiques où ces deux éléments sont prépondérants et en concentrations variables.

Ces deux types de peau ne s’opposent pas et peuvent coexister (peau dite mixte) au niveau du visage. Si la Peau grasse est bien comprise et directement associée à la fonction sébacée (et son inhomogénéité), la Peau sèche (Ichtyose vulgaire), ou rêche, relève d’un processus encore peu connu où le manque d’eau/déshydratation épidermique ou corné n’est pas le seul critère. Cette dernière se manifeste cependant en priorité dans les régions où la fonction sébacée est minimale (bas des jambes, mains, cas des enfants de 2 à 11 ans où le sébum est quasi absent). Elle peut néanmoins être déclenchée et/ou entretenue par des évènements externes (froid intense et sec, irritations physiques ou chimiques, expositions solaires..). Le tableau V résume les grandes lignes de ces deux types de peau.

Peau grasse et comédogénèse

Si l’acné est abordée dans un autre chapitre (ACNÉ), il est important de relier le syndrome peau grasse à la comédogénèse, comme le résumait avec concision le Pr A.M Kligman « Sebum fuels the acne flame ». C’est ainsi qu’en toute logique, l’acné concerne particulièrement les forts excréteurs sébacés. La formation d’une rétention du canal sébacé (comédogénèse), critère central des différentes lésions acnéiformes, est clairement liée au sébum et ses modifications, en aucun cas à la flore résidente. En effet, à leur genèse, 10 % des comédons s’avèrent stériles. Différentes hypothèses de la transformation du sébum en dérivés comédogènes ont été proposées, telle la peroxydation du squalène, élément spécifique du sébum humain présent de 12 à 15% et celle d’autres espèces tels les acides gras libres. La peroxydation du squalène est aussi fortement favorisée par les UV, rendant alors ce composé comédogène, cytotoxique, pro-inflammatoire. On retrouve, en toute logique, l’influence néfaste du rayonnement solaire sur les lésions acnéiques. A noter, de plus, l’influence de composés photo-oxydants, les porphyrines (molécules de structure voisine de celle de l’Hémoglobine ou de la Chlorophylle) sécrétées par les Propionibacteria spp qui vont considérablement favoriser l’oxydation du squalène. Il faut sans doute voir dans la synthèse de ces molécules pro-oxydantes, la nécessité pour des flores micro-aérophiles (ou anaérobies) d’épuiser l’oxygène (O2) du canal pilo-sébacé, en le fixant sur les 6 doubles liaisons du squalène. Totalement oxydé, le squalène contient alors 25% de son poids en oxygène. Par ailleurs, d’autres travaux suggèrent, possiblement combinée aux phénomènes de peroxydation, la carence en certains éléments anti-oxydants tels que certains acides gras essentiels au sein des follicules concernés.

En tout état de cause, la comédogénèse résulte de l’action cytotoxique d’éléments sébacés oxydés sur le phénomène de kératinisation épidermique du canal pilo-sébacé, provoquant la rétention typique de l’affection acnéique. A terme, la formation du « sac » comédonien, tel celui des microkystes contenant alors flore (bactéries, levures), dérivés du sébum et débris cellulaires devient alors un véritable milieu pro-inflammatoire. La rupture d’un tel « sac » libère donc brutalement un tel milieu en région dermique et représente le point de démarrage de la future réaction inflammatoire dont la composante majeure est, cette fois, clairement sous influence microbienne. En quelque sorte, cette rupture possède forte analogie avec une injection intra-dermique d’un ensemble de micro-organismes vivants et de composés potentiellement inflammatoires de toutes origines (bactériens, fongiques, lipidiques…).

Conseils  : La comédogénèse concerne en fait, à son début, très peu de follicules du visage ou du dos. C’est à ces moments précoces que l’intervention par voie topique de composés kératolytiques ou comédolytiques du domaine OTC ou cosmétique (AHA’s, BHA’s, Peroxyde Benzoyle, Rétinol..) doit être priorisée avant que d’envisager (ou d’éviter) le recours à de puissants agents pharmaceutiques. Couplée à des produits d’hygiène légèrement bactéricides, et de produits photo-protecteurs, leur utilisation sur les lésions rétentionnelles est non seulement efficace mais réduit le risque de leurs futures transformations en lésions inflammatoires. En bref, la comédogénèse est un « engrenage » physiologique cutané qu’il convient de ralentir ou bloquer le plus précocement possible.

Le tableau VI résume les principaux facteurs déclenchant et favorisant la comédogénèse.

UNE PEAU MASCULINE, FÉMININE

Au plan structurel, histologique, à faible grossissement, rien ne permet de distinguer une peau féminine d’une peau masculine. Cependant, à plus fort grossissement, quelques aspects structurels différencient légèrement la peau féminine de la peau masculine. Mais il est important de noter que d’éventuelles variations sont aussi induites par les expositions solaires, l’âge, les routines de soin etc…Au plan fonctionnel, compte tenu des différents équilibres hormonaux, on assiste aussi à quelques différences. Ces dernières, structurelles comme fonctionnelles, sont résumées dans le tableau VII.

LA PEAU DITE SENSIBLE

La peau dite sensible est un syndrome courant parmi les consommateurs (féminins surtout) ou les professionnels. Elle manque cependant d’une définition claire. Elle est auto-décrite comme une peau réactive et vécue par des sensations d’inconfort (démangeaisons, picotements, brûlure, tiraillements…) alors que, cliniquement, aucun symptôme particulier n’est apparent. Elle concerne particulièrement le visage, région cutanée constamment exposée à diverses conditions (froid, chaleur, humidité, sécheresse, vent, soleil..). Elle semble extrêmement variable selon sexe et ethnies et sa physiopathologie est encore obscure. Les facteurs la favorisant (ou l’amplifiant) apparaissent de 4 ordres i) intrinsèques (âge, hérédité, hormones..), ii) environnementaux (froid, soleil, pollution..) iii) produits (savon, parfums, cosmétiques..) et iv) styles de vie (régime, alcool, stress…). Ainsi, une étude Française plus récente et effectuée sur de nombreux cas détermine les « poids » spécifiques de ces différents facteurs liés à la peau sensible selon le vécu des sujets concernés, résumés dans le tableau VIII par ordre décroissant de valeurs. Si certains critères semblent explicables au plan mécanistique (Froid/Température, Savon/libération d’alcalins, Piscine/Chlore, Soleil,..), d’autres restent d’une logique encore obscure. Ainsi, de manière étonnante, l’impact de la pollution est jugé comme le plus mineur.

La détermination d’une peau sensible, de sa sévérité, est le plus souvent conduite par application, sur les ailes du nez, de substances non toxiques mais provocatrices, telles que l’acide lactique à 10% ou encore la capsaïcine (de 10-5 à 10-3 %), composé majeur de certaines épices comme le Chili. L’enregistrement, par échelle analogique, des sensations éprouvées par le sujet dans l’heure qui suit l’application, permet le diagnostic et la sévérité de cette peau dite sensible. En tout état de cause, ces sensations sont véhiculées par les fibres neurales C (non myélinisées) cutanées.

Conseils/Solutions possibles

Les produits cosmétiques destinés à cette peau particulièrement complexe, liée à tant de composantes, sont élaborés selon plusieurs critères :

– Certains produits sont élaborés comme « Sans X, X free », X pouvant être divers composés (parabens ou conservateurs en général, parfums, alcool, agents desquamants à potentiel irritant…) suspectés d’amplifier ou de solliciter une peau sensible et réactive. Si une telle approche possède grand sens, elle ne résout cependant pas les problèmes d’une telle peau, dans ses facteurs causals comme dans son amplitude ou sa sévérité.

– Dans la mesure où une telle sensibilité peut être liée à conjonction entre facteurs divers et/ou d’ingrédients, les formulations destinées à une telle peau sont particulièrement restreintes à un nombre minimal d’ingrédients, sélectionnés comme parfaitement tolérés depuis décennies par retour d’expérience, à l’image des produits destinés aux enfants.

– En cas d’achat et d’utilisation d’un nouveau produit, il est donc recommandé aux personnes à peau sensible de procéder à son application avec une fréquence progressive (une/semaine, puis deux…) afin de vérifier que celui ci leur convient au plan sensoriel.

HYGIÈNE ET HYDRATATION CUTANÉE

LE PARADOXE DU S.C : SEC EN SURFACE, HYDRATÉ DANS SA SRUCTURE

Hormis sudation et film sébacé présents, la surface cutanée constituée par les ultimes cornéocytes du Stratum Disjonctum est naturellement sèche et hydrophobe, véritable barrière d’imperméabilité. Dans des conditions d’expositions prolongées à un environnement humide (>80%), voire d’immersion dans l’eau, la fonction barrière du S.C décroit et, à l’inverse, augmente fortement dans des conditions environnementales sèches (<20%). Il est admis que 40-60% d’humidité relative (RH%) représente une condition optimale de la fonctionnalité du S.C. C’est pour ces raisons que le recours à des systèmes occlusifs, bien que nécessaire, se doit d’être le plus court possible. L’occlusion, souvent utilisée en thérapeutique via des patchs afin de faciliter la pénétration d’actifs (Trinitrine, Nicotine, Oestrogènes..) ne pose guère de problème quand elle se restreint à de petites surfaces (quelques cm2). Mais, appliquée sur de plus larges étendues, elle peut entraîner une véritable modification « micro-écologique » cutanée à plus long terme. L’eau s’accumule en surface, le pH augmente et la flore résidente (voir plus loin) se modifie rapidement, favorisant le développement d’une flore transitoire potentiellement pathogène. C’est ainsi que lors de la guerre du Vietnam (1962-1975), un nombre considérable de GI’s souffraient du « pied d’athlète », i.e. de mycoses de pieds en quasi permanence imprégnés d’eau, occlus dans des bottines serrées, au sein d’un climat tropical. Lors de légère blessure cutanée, le retour le plus rapide possible à une situation séche du S.C est sans doute le meilleur garant d’une restauration rapide de sa structure protectrice. A l’inverse, l’établissement d’une xérose (occasionnelle ou constitutive) engendrant un S.C désordonné, disjoint, favorise la pénétration d’éléments externes susceptibles de l’amplifier ou de provoquer des manifestations sensorielles négatives (prurit…).

LA SURFACE DU S.C ET SES DIFFERENTS CLIMATS : PEAU OU PEAUX ?

La surface cutanée, comme notre planète, présente différents « climats » d’un site cutané à l’autre. Car les fonctions annexes (sébacée, sudorale apocrine..), réparties de façon non homogène, vont constituer des milieux biochimiques de surface fort différents. La quasi absence de la fonction sébacée dans les extrémités (avant bras, jambes, pieds..) rend compte en grande partie de la fréquence accrue de xérose sur ces sites. Ailleurs, le caractère naturellement occlusif des aisselles, où sudation forte et température élevée en font un site de climat davantage « tropical ». Quant aux régions riches en sébum (visage, dos, cuir chevelu..), privilégiant l’épanouissement d’une flore résidente lipophile, les interactions de celle ci avec le tissu- hôte sont à l’origine de processus inflammatoires perturbant fortement la physiologie du S.C (acné, pellicules..). Enfin, critère d’importance, l’épaisseur du S.C s’avère hautement variable (de 15μm à 1 mm ou plus dans le cas des paumes ou plantes des pieds), en adaptation à leurs expositions aux frictions et sollicitations permanentes. Une telle épaisseur en fait une barrière remarquablement efficace à différents agents, rayonnements UV inclus.

LA SURFACE DU S.C, NICHE MICROBIOLOGIQUE, LIEU CENTRAL D’HYGIÈNE

Flore résidente

La surface cutanée est tout sauf stérile. Les différents milieux de surface du S.C représentent une diversité de « micro-biotopes » qui, par stricte adaptation Darwinienne, vont sélectionner des espèces microbiennes aptes à s’y développer, résidentes, à Gram+ pour l’essentiel. Celles ci s’établissent tôt après naissance et s’avèrent relativement stables, qualitativement et quantitativement au cours de la vie. La densité de colonisation en surface, selon sites, y est extrêmement variable, i.e. de 102/cm2 à 107/cm2. Les régions grasses (visage, dos, cuir chevelu) sont donc le siège d’une flore particulièrement lipophile (Propionibacteria, Malassezia, Staphylocoques..). Leur équipement enzymatique (Lipases, oxydases..) font du sébum et dérivés leur nutriment de base, libérant ainsi du Glycérol, agent humectant du S.C par excellence (voir plus loin). Les régions sèches (bas des jambes..), où la rareté de l’eau libre étant par définition hostile au développement microbien, sont en toute logique des sites de faible colonisation.

Flore transitoire

Etablie par simples contacts ou aéroportée, une flore transitoire (essentiellement Gram -) s’avère présente à de faibles taux de colonisation. Elle ne survit en général que peu de temps, la surface sèche du S.C étant hostile à leur développement, et détruite rapidement sous l’action de biocides épidermiques (défensines) ou de peptides bactériostatiques émis par la flore résidente (Epidermin, Gallidermin). Ainsi, Staphylococcus aureus ne survit que quelques heures à la surface d’un S.C en bon état structurel. Cependant, la moindre « porte d’entrée » (coupure, brûlure..), par rupture du S.C, peut être la source initiale d’une infection cutanée, ces souches trouvant alors milieu plus apte à leur survie et développement. Des tentatives expérimentales de déclenchement d’une infection ont clairement indiqué que celle ci est impossible sur S.C sain.

L’ensemble de ces équilibres, sorte de « micro-écologie » cutanée, est au centre des mécanismes de propagation des innombrables maladies nosocomiales. Il a été démontré que l’augmentation de la fréquence du simple lavage des mains (ou application de gels anti-bactériens) entraîne une nette diminution de la prévalence de ces infections en milieu hospitalier.

Ces aspects microbiologiques apparaissent ainsi au cœur de la dualité hygiène-hydratation : un S.C correctement hydraté, i.e. parfaitement organisé, représente la toute première ligne de défense hygiènique.

CONSEILS PRATIQUES

Nettoyer, hydrater, protéger

La Grèce antique, comme Rome plus tard, a très tôt associé l’eau (bains publics, thermes) à l’hygiène, du nom de la Déesse Grecque « Hygie », de la santé et propreté. L’eau, essentielle à la source de vie, cruciale au sens biologique, prend alors une autre dimension : elle devient le symbole d’agent purificateur, maintien d’une bonne hygiène de vie au plan individuel. Sa version ultérieure, en fera l’alliée indispensable de nettoyage et de désinfection d’un manteau cutané, aux frontières de l’organisme et d’un monde externe riche en « visiteurs transmissibles » ou inopportuns de tous ordres. L’eau, cette fois, devient source d’hygiène « sociale ». S’y adjoindront bien évidemment des composés de toutes origines, dont le savon, les essences diverses et composés hydratants avec, en final, les célèbres agents tensio-actifs, d’une grande sécurité et efficacité d’emploi. En bref, l’eau et la peau, leurs relations intimes convergent : bien hydratée, la peau devient tissu hygiénique. En retour, bien nettoyée à sa surface, débarrassée d’agresseurs potentiels, elle peut pleinement assumer sa physiologie d’hydratation naturelle.

L’eau seule, bien entendu, ne suffit pas à garantir une bonne hygiène cutanée. Cette dernière, eu égard à sa définition, vise à assumer quatre objectifs complémentaires : le nettoyage, la désinfection, le maintien et le respect des structures. A cette eau non détersive, le savon fût « l’ancêtre » adjuvant, formé par la saponification des huiles végétales par des bases fortes (Soude, Potasse) dont la mousse, émulsion aérienne, élimine contaminants de tous genres. Mais, conséquence de sa structure (« l’effet savon »), il a tendance à se dissocier au niveau de la peau pendant l’usage, libérant en partie les bases fortes, à l’origine d’irritations liées à la brutale (mais provisoire) augmentation du pH cutané qui peut atteindre 9-10. Les années 1950 virent le développement de nouveaux agents non ou très faiblement dissociables, à caractère amphiphile, les Tensio-actifs. Depuis, leur intense développement et de constantes innovations ont élargi leurs variétés et natures (anioniques, cationiques, non ioniques, amphotères..) et apporté une parfaite adéquation entre sécurité et efficacité d’usage. Rarement utilisés seuls, mais en mélange selon les sites cutanés visés, ils permettent une action hygiènique efficace et rapide et se présentent sous d’innombrables formes (pains dermatologiques à syndets, shampooings, gels-douches etc..). Leurs caractéristiques, aspects sécuritaires, modes d’action, structure.. ont fait l’objet d’une intense littérature dont on trouvera d’excellentes synthèses dans différents articles.

Si l’eau est un véhicule indispensable, elle n’est nullement un hydratant cutané, la surface du S. C étant particulièrement hydrophobe. Le « mouillage » de celle-ci, rendu possible par les tensio–actifs (produits lavants, crèmes de soin, laits démaquillants etc..), permet alors l’adjonction/apport de composés hydratants dont le célèbre et incontournable Glycérol, assurant totale sureté et grande efficacité, en complément des N.M.F, d’alpha ou de beta-hydroxy-acides, d’urée, etc.. Ces différents composés n’apportent pas d’eau mais, s’insérant dans les structures du S.C (cellules et espaces inter-cellulaires), permettent alors de fixer l’eau libre et/ou d’en ralentir l’évaporation en surface : l’hydratation adéquate du S.C est alors assurée et adaptée (par des concentrations variables) selon les sites spécifiques (gras, secs) selon les nécessités d’accompagnement d’évènements ou de thérapies particulièrement désséchantes (xérose, post érythème solaire, acides rétinoiques (all trans ou 13-cis). Une autre stratégie de maintien de l’hydratation du S.,C lors d’états de xerose cutanée, hors actifs humectants, consiste à appliquer des formules légèrement occlusives par leur aspect gras, filmogène épais, le plus souvent basées sur la vaseline, formant en quelque sorte un « écran » ralentissant fortement la perte insensible en eau (PIE) et restaurant l’intégrité du S.C. Enfin, le vieillissement cutané, chronologique ou photo-induit, conduit par amincissement du S.C. à l’instauration d’une xérose dont les manifestations, cliniques comme sensorielles, sont grandement corrigées et prévenues par l’utilisation régulière de formules émollientes et hydratantes dont la contribution au confort cutanée n’est pas le moindre aspect. On trouvera en dernier paragraphe l’illustration des types majeurs de formulations possibles assurant au quotidien soin, protection solaire, hygiène, anti-vieillissement etc.

Une protection solaire impérative

Les effets du soleil, plus particulièrement ceux des UV B (290-320nm) et A (320-400nm), sont l’objet d’une abondante littérature dont les conclusions concordent dans son immense majorité. Si ces rayons possèdent quelques propriétés positives (synthèse Vitamine D, libération d’endorphines..) à faibles doses, ils génèrent à plus fortes doses de sérieuses conséquences cutanées à court, moyen et long terme. Celles-ci sont fonction des doses reçues (durée d’exposition multipliée par radiance) et n’auront pas les mêmes amplitudes selon les Photo-types concernés.

La protection solaire devient alors impérative et se doit de respecter 6 points fondamentaux :

1) Priorité aux enfants. Il est aujourd’hui établi que les conséquences cutanées les plus sévères à long terme proviennent d’expositions solaires aigues aux jeunes âges. 2 règles de base : a) aucune exposition solaire aux nourrissons (phase dite « bébé ») et b) à l’âge où les enfants deviennent autonomes (marchent, courent, jouent dehors), adopter la règle Australienne du « Slip, Slap, Slop », i.e. les couvrir d’un T-Shirt, d’un chapeau/casquette et appliquer une sérieuse protection aux parties exposées (visage, mains, jambes, bras et avant-bras…).

2) Pas de protection B sans protection A équilibrée. La règle aujourd’hui suggérée et adoptée en Europe est celle du tiers. Le facteur de protection en A (IPA) doit être au moins égal au tiers du facteur de protection en B (SPF). Un produit de SPF30 doit ainsi posséder un IPA ≥10.

3) Etre adaptée aux conditions journalières. La protection solaire d’un fermier ou d’un pêcheur réclame bien évidemment une plus forte protection que celle d’une occupation quotidienne en bureau.

4) Etre adaptée au Photo-type. La protection solaire des peaux claires (Photo-types I-II) se doit d’être élevée. Ces sujets sont en effet les plus susceptibles au développement à long terme du mélanome. Idem pour les personnes aptes à développer des phénomènes photo-allergiques telle que la lucite (UVA surtout) ou sujets à dermatoses diverses (acné, rosacée, mélasma…).

5) Etre adaptée aux conditions estivales. La radiance des UV varie en fonction de l’altitude (forte en montagne), de la latitude (forte à l’équateur), de l’heure de la journée (forte au zénith), de la réflexion du sol (neige, sable, eau…) et bien entendu des durées et fréquences d’exposition.

6) D’application conforme aux recommandations. Les indices mentionnés (SPF, IPA) sur les packaging des produits solaires sont obtenus - et validés - selon des conditions standardisées, particulièrement la quantité de produit appliquée (2mg/cm2). En fait, en conditions réelles, les consommateurs appliquent 2 à 3 fois moins (0,6-1mg/cm2. Il s’ensuit que la protection solaire est alors plus faible et nécessite ré-applications fréquentes selon l’ensoleillement, comme indiqué dans tous les produits.

Nota Bene  : Il est important de mentionner que le « bronzage » hors UV, via coloration artificielle du S.C (Dihydroxyacetone, DHA, produits dits auto-bronzants) n’apporte pas de protection UV significative. De la même manière, le bronzage en cabine UVA se doit d’être fortement surveillé, encadré.

Pour la peau des enfants

Contrairement à une idée répandue, la peau des enfants nés à terme est parfaitement fonctionnelle dans ses grands domaines, contrairement à celle des enfants prématurés. Cependant, les fonctions pigmentaires et immunitaires (cellules de Langerhans) restent encore fragiles et peu aptes (effecteurs peu présents) à répondre aux stress de type solaire ou immunitaire, justifiant le dernier point évoqué plus avant.

Hormis cet aspect, la peau des enfants de 3 à 11 ans (pré-pubertaires) ne présente guère de symptômes particuliers si ce n’est une tendance à peau sèche légère (xérose), liée à une quasi absence de sébum, à laquelle un simple produit hydratant répond efficacement.

Les produits dits « bébé » (nettoyants, hydratants) obéissent à deux règles strictes : i) ils possèdent le minimum d’ingrédients et ii) sont choisis en fonction de leur long passé d’excellente tolérance. L’acte du lavage du corps des nourrissons implique aussi de privilégier des produits à base « syndets » et non à base de savons, susceptibles de libérer provisoirement des traces de bases fortes (Soude, Potasse).

Le maquillage

Le maquillage a sans doute été une des premières activités décoratrices de l’homme préhistorique puis, plus tard, celle des Egyptiens. Outre sa fonction décorative, le maquillage est un allié important du soin cutané et du confort esthétique. Il permet, dans de nombreux cas, de camoufler certains aspects indésirables de sa propre image. L’immense palette des teintes offertes sur le marché permet l’adaptation à chaque teinte cutanée et offre aussi une grande discrétion. Les formules actuelles, légères, fluides, non occlusives, sont non seulement aisées d’application mais contribuent à maintenir une bonne hydratation du S.C. Il en est de même pour certains produits spéciaux tels que les rouges à lèvres, ces dernières étant fréquemment aptes à déshydratation. Leur élimination le soir, par des laits démaquillants efficaces et hydratants, est aisée. La présence en leur sein de pigments minéraux peut conférer à certains produits une légère protection solaire. L’utilisation quotidienne du maquillage ne conduit pas, contrairement à une idée répandue, à exacerber un désordre comme l’acné ou l’initier. Il est non seulement compatible avec certains traitements dermatologiques (acné comprise) mais apporte un gain de bien être (estime de soi) dans les nombreux cas où l’esthétisme/l’apparence du visage est compromis (acné, dyschromie, vitiligo, cicatrices, rosacée, melasma…), voire de camoufler l’aspect luisant de la peau grasse.

LES DIFFÉRENTES FORMULATIONS (ET INGRÉDIENTS) DE PRODUITS DE SOINS, D’HYGIÈNE ET DE PROTECTION

Ces produits sont immensément variés dans leurs textures et compositions de balances hydrophile/lipophile hautement variables, à l’image de l’organisation de l’épiderme et du stratum Corneum. Cette variété permet de combiner l’effet apporté à un hédonisme ou confort recherché selon le type de peau ou d’exigence. Au plan galénique, la figure ci-dessous illustre les différents principes, allant d‘une phase eau totale à une phase huileuse pure. Leur mélange progressif, moyennant émulsification, permet l’obtention d’une palette infinie de produits. La figure résume les propriétés de la majorité des formulations, leurs aspects et adéquation à certaines applications spécifiques. Les formulations moins courantes (sticks, sprays) ne sont pas abordées car utilisées dans des circonstances moins quotidiennes, bien que de grande efficacité.

TOLÉRANCE ET EFFETS ADVERSES POSSIBLES

Dans des conditions normales d’utilisation, ces produits sont d’une grande tolérance et testés comme tels avant leur mise sur le marché. La surveillance constante post-marché des effets adverses des produits cosmétiques (utilisés par millions ou milliards de consommateurs) montre des effets adverses mineurs (irritation, sécheresse cutanée, inconforts divers) de l’ordre de 5 à 50 (selon les produits) pour 10 millions d’unités vendues, au sein d’une population dite « normale », i.e. dépourvue d’une sensibilité cutanée particulière. Leur analyse qualitative met en exergue les causes fréquentes suivantes, non exhaustives :

- Détournement ou inadéquation de l’utilisation principale du produit : un produit corps appliqué au visage ou un gel hydro-alcoolique sur peau sèche.

- Superposition de produits de faible compatibilité : lotion et gel huileux par exemple. Ce fait rend l’analyse du « coupable » difficile.

- Utilisation du produit sur une peau préalablement perturbée (coup de soleil, scrub intense..) ou non intacte (légère coupure, égratignure..).

- Interférence du ou des produits avec un traitement dermatologique d’ordre kératolytique, peeling qui conduisent aussi à plus grande sensibilité aux expositions solaires.

Le problème majeur rencontré reste bien entendu le phénomène de type allergique (ou Photo-allergique), qui est particulièrement plus élevé chez les sujets au terrain immunitaire sensible. Cette réaction allergique (dermite de contact), liée à un seul ingrédient, peut revêtir des symptômes sévères. Si cette réaction n’est pas une marque spécifique des ingrédients cosmétiques (cf Nickel/Bijouterie, alimentation/arachides/crustacés, antibiotiques…) ceux ci concernent le plus souvent des conservateurs ou des parfums et sont l’objet de leur élimination progressive et, en toute logique, de nombreuses formules sans conservateurs ou parfums sont aujourd’hui proposées. La détermination de l’ingrédient « coupable » par tests dermatologiques et son suivi sur l’étiquetage du produit (le Full Ingredient Labeling, voir Tableau IX : note technique sur le F.I.L.) sont possibles, efficaces, et conseillés chez ces sujets. Néanmoins, un conseil pratique peut être donné à cette population sensible : celle de tester tout nouveau produit, avant son utilisation régulière, par une petite touche d’application (derrière l’oreille ou pli du coude). Si, en 24-48 heures, aucun symptôme particulier (rougeur, œdème, peau squameuse, douleur localisée..) n’est observé, le produit sera toléré. C’est la même approche (dite « touche d’essai ») que celle qui est impérativement recommandée par tous les fabricants aux personnes utilisant des produits de coloration capillaire.

CONCLUSION

Les soins divers apportés à la peau saine par les produits cosmétiques sont inséparables des nécessités d’hydratation, de nettoyage, d’élimination d’indésirables de tous sortes, biochimiques, polluants, microbiologiques de la surface cutanée... Ils visent aussi non seulement à y apporter des éléments bénéfiques, mais surtout d’en respecter la physiologie, associés à une photo-protection adaptée. L’eau et sa disponiblité intra et extra-tissulaire possède un rôle central, assurant un bon état de l’épiderme et à son « produit », le Stratum Corneum, tous deux garants de l’efficacité et du maintien de cette première ligne de défense de l’organisme. L’équilibre de l’eau, conditionnant structures et fonctions épidermiques est aussi un élément symbiotique de l’hygiène cutanée. Le contrôle de cet équilibre est d’autant plus important qu’il est aussi aisé. Les nombreuses variantes de formules de produits hydratants, d’hygiène, de protection solaire, de confort offrent une grande palette de choix où chaque consommateur peut aisément trouver sa propre réponse à son propre besoin. Leur efficacité et tolérance ont été maintes fois démontrées par un arsenal très varié de techniques instrumentales non invasives ou un grand nombre d’évaluations cliniques et sensorielles.

Tableau I Principaux effecteurs auxquels les différents types cellulaires de l’épiderme sont sensibles
Type cellulaireEffecteurs majeurs
Kératinocytes

Androgènes, Oestrogènes, Rétinoïdes, Vit D, EGF, Corticoïdes, T3, T4…Interleukines, Leukotriènes…

Mélanocytes

αMSH, UV’s B et A. Psoralènes, Corticoïdes, Rétinoïdes, Hydroquinone, Arbutine...

Cellules de Langherans

Allergènes, Interleukines, UV’s (perte fonction et chute de densité)…

Cellules de Merkel

Facteurs neuro-endocriniens

Tableau II Les principales fonctions barrières du S.C
Fonctions barrières Via Commentaires
Contrôle flux d’eau in et outSon caractère imperméable. Son organisation lipidiqueSa fonction primaire (cf vie aquatique in utero)
Protection UVSon épaisseur. Quand doublée, sa densité optique (capacité d’absorption) est multipliée par 10Très protecteur quand épais : le coup de soleil est impossible en paumes et plantes
Agents microbiologiquesAspects stériques (taille) et élimination par film de surface et desquamationLe VIH y est bloqué, contrairement aux muqueuses évidemment dépourvues de S.C
Molécules étrangères métabolisablesPuissant et large complexe enzymatique de type hydrolytiqueLa vaccination BCG ne peut être efficace sans briser cette barrière (cf cuti). Idem Venins (serpents, abeille )
Stress chimique (pH, irritants)Fort pouvoir tampon du film de surfaceEviter les savons classiques (type « Marseille ») libérant provisoirement Soude ou Potasse
Tableau III Caractéristiques différenciant les glandes eccrines et apocrines
 Glandes EccrinesGlandes Apocrines
Fonction

Thermorégulation/Sudation

Mal définie (signature olfactive ?).

Vestige de l’évolution ?

Localisation, anatomie

Homogène/ensemble du corps (total 3 millions, env 200/cm2). Plus denses en paumes et plantes.

Canal sudoral : directement en surface

Non homogénes, localisées en aisselles, scalp, aréoles des seins..). Env 50/cm2 en ces sites.

Canal apocrine débouchant en canal pilo-sébacé : se mélange au sébum

Production

Eau surtout (99,5%), acide lactique et sels divers. pH acide (4-6)

Apoliprotéines, modifiées par flore. Acides à courtes chaînes. Production de volatils odoriférants. pH à tendance alkaline (>7) par production d’ammoniaque via l’urée

Régulation

Nerveuse et Hormonale

Cholinergique, Adrénergique

Tableau IV Principales caractéristiques des odeurs axillaires
 Anti-perspirants/Absorbeurs de sueurAnti-bactériens
Mécanisme

Frein de la production des sueurs eccrine et apocrine

Chute de la colonisation bactériennne et frein de leur activité

Ingrédients types

Sels d’Aluminium (Chlorhydrate), Alun, Zirconium, de 10 à 20%, Talc, Bicarbonate de sodium

Irgasan, Polyhexamethylene biguanide, Bicarbonate de Sodium

Tolérance

Bonne à excellente

NB : les aisselles sont l’objet d’actes possiblement irritants, rasage, épilation…

Bonne à excellente

NB : Ethanol en concentration contrôlée (irritation)

Durée d’action

Variable selon applications et activités physiques, de quelques heures à 2 jours

Idem à anti-perspirants

Formes Produits

Anhydres. Crèmes, gels, roll-on, sprays...

Anhydres. Gels, roll-on, sprays...

Aspect légal/Cosmétique selon pays

Autorisés en Europe, concentration max à 20%.

Non autorisés aux US (« drug action ») : considérés comme médicaments.

Autorisés tous pays.

Non « drug action »

Tableau V Principales caractéristiques de la peau grasse et de la peau sèche
 Peau grassePeau sèche
Localisation et effets sensoriels

Visage surtout. Peu d’incidences sensorielles.

Scalp concerné/cheveux gras.

Bas des jambes, mains, avant bras.

Inconfort (« la peau tire ».

Peut coexister avec la peau grasse (visage).

Aspects cliniques

Peau luisante, pores dits dilatés. Source d’inesthétisme.

Peau rêche au toucher, terne et squameuse.

Facteurs déclenchant entretenant ou freinateurs

Balance et sensibilité hormonale (récepteurs hormonaux), grossesse, stress, anorexie.

Environnement sec et froid.

Expositions solaires, irritants, scrubs agressifs…

Causalités, conséquences

Fonction sébacée. Apte à désordres inflammatoires (acné) ou pellicules/scalp.

Perte insensible en eau faible au niveau du visage.

Origine non inflammatoire. Troubles de la régulation en eau et en lipides épidermiques/kératinisation.

Perte insensible en eau accentuée.

Effet de l’âge

Décroit avec le vieillissement.

Amplifiée par le vieillissement, en intensité et élargissement à d’autres sites.

Actions correctrices de type cosmétique

Nettoyage, produits matifiants, anti-acnéiques (AHA, BHA…).

Produits hydratants, après soleils, apaisants..AHA’s et BHA’s.

Méthodes de mesure

Sébumètre™, SebUtape™.

D’Squame™, Skinchip™,

Cornéomètre™, Perte insensible en eau.

Tableau VI Principaux facteurs déclenchant et favorisant la comédogénèse
Prévalence Comédons/Comédogénèse

Elevée en pays développés. Env. 80% des adolescents concernés, degrés de sévérités hautement variables

Influence du sexe ou ethnies

Faible

Rôle sébum/glande sébacée

Fondamental dans la genèse et l’entretien des comédons.

Pas d’acné sans séborrhée élevée.

Mais facteur non explicatif : des peaux très grasses ne la développent jamais. Influence génétique claire

Rôle flore résidente

Aucun à l’origine

Facteurs aggravants

L’exposition solaire, l’auto-manipulation (excoriation), hygiène cutanée inappropriée ou inexistante

Actions préventives, soins cosmétiques

Les plus précoces surtout et quotidiennes.

Filtres solaires, nettoyages doux, lotions aux AHA et BHA, à faible concentration et/ou légèrement anti-bactériennes.

Maquillage fort utile/camouflage des lésions. Bien toléré et jamais aggravant.

Effet alimentation

Non démontrée

A éviter

Outre soleil et auto-manipulation, toute action de type irritative.

Application de formules grasses.

Tableau VII Différences structurelles et fonctionnelles de la peau féminine et de la peau masculine
ParamètresFemmes vs. Hommes
Épaisseur cutanée

À site cutané et âge identiques, la peau (derme et épiderme) féminine est moins épaisse (1,36mm vs 1,54mm).

Épiderme

Légèrement plus épais chez l’homme 63μm vs. 50μm chez la femme.

Fort impact du vieillissement qui l’affine dans les deux cas.

Derme

Plus épais chez l’homme, collagène plus abondant.

Davantage vascularisé chez l’homme.

Etat d’hydratation variable chez la femme (cycle menstruel/rétention d’eau).

Elasticité cutanée

Plus élevée chez l’homme (collagène plus abondant).

Perte Insensible en eau (T.E.W.L)

Plus élevée chez l’homme, à site cutané comparable.

Couleur de la peau/Mélanisation

A âges comparables, la peau de l’homme est légèrement plus sombre que celle de la femme.

Mais incidence du mélanome légèrement plus faible chez la femme.

Fonction sébacée/Peau grasse

Plus faible chez la femme.

Taux d’excrétion sébacée de 0,5 à 1.25μg/cm2/min. Hommes : 1 à 2,5μg/cm2/min.

Peau sèche

Plus fréquente chez la femme.

Accentuée post ménopause.

Sensibilité cutanée (sujette à irritation)

Plus fréquente chez la femme : 51% des femmes déclarent avoir une peau sensible, vs. 38% des hommes.

Fonction sudorale

Plus élevée chez l’homme et sueur plus odorante.

Tableau VIII « Poids » spécifiques de différents facteurs liés à la peau sensible [35]
Facteur« Poids » (en %)
Froid66
Stress61
Soleil51
Savon42
Vent42
Eau de Piscine40
Variations de T°38
Douche chaude29
Chaleur28
Frictions/Vêtements28
Cosmétiques28
Règles24
Transpiration23
Pollution18
Tableau IX Note technique sur le F.I.L (Full Ingredient Labeling, i.e. liste des ingrédients)

La mention de tous les ingrédients utilisés lors de la réalisation industrielle d’un produit cosmétique est obligatoire depuis plus de 15 ans, adoptée par tous les pays. Le F.I.L possède les caractéristiques suivantes :

- La liste (variable en nombre selon les produits) des ingrédients est donnée par leurs concentrations décroissantes, sans mention de leurs valeurs.

- Les noms des ingrédients sont standardisés au plan mondial (système INCI, International Nomenclature of Cosmetic Ingredients). Un même ingrédient utilisé par 2 fabricants différents portera donc le même nom. L’eau, par exemple, est dénommée « Aqua ».

- Lorsqu’un ingrédient est un extrait de plante, le nom de la plante est donné en Latin.

- En grande majorité, un ingrédient représente une molécule définie. Cependant, le mot Parfum (mentionné comme tel dans le F.I.L) peut englober plusieurs molécules (différentes essences/fragrances).

- On trouve sur le net des directories complètes des noms INCI, leur explication, leur correspondance moléculaire et leur rôle majeur au sein du produit. Par exemple : le site http://cosmetics.specialchem.com/

 

Nota Bene : Un ingrédient cité dans le F.I.L peut ne plus être présent ou détecté au sein du produit fini. C’est typiquement le cas de certaines bases (soude) ou acides (carbonique, citrique..) qui ne sont utilisés que pour ajuster le pH final de la formule. Ce processus de neutralisation fait nécessairement disparaître l’entité moléculaire d’origine (soude par exemple) alors que mentionnée. La raison : La soude a été utilisée dans la réalisation du produit. Mais le produit fini ne contient plus de soude, au plan chimique.

Figure : Illustrations et applications majeures des divers types de formulations les plus couramment utilisées. ©L’Oréal Recherche et Innovation



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