Sommaire
Le charbon ou anthrax (termes rappelant la couleur noire des lésions observées) est une maladie bactérienne due à Bacillus anthracis, bacille à Gram positif, dont la pathogénie est liée à la production d'une toxine. C'est une anthropozoonose restant très présente dans les pays en voie de développement, notamment l'Afrique et l'Asie, où la surveillance sanitaire du bétail est insuffisante. Elle est contrôlée dans les pays développés.
Le charbon est une affection hydrotellurique. La bactérie est capable de sporuler lorsque les conditions environnementales sont défavorables et reste présente de façon prolongée dans le sol. Le bétail se contamine par voie digestive en consommant des fourrages ou viandes des souillés de spores. L'homme s'infecte essentiellement par voie cutanée, à la faveur d'une excoriation, de la manipulation d'animaux contaminés, vivants ou morts. Certaines professions en contact avec le cheptel sont donc à risque : éleveurs, employés des abattoirs, etc. Les autres voies de transmission sont rares : digestive (ingestion de viande souillée), pulmonaire par inhalation de spores (utilisation en tant qu'arme bactériologique) [2].
Le charbon est une affection essentiellement cutanée localisée. Les formes viscérales, liées à la diffusion septicémique du germe ou aux modes de transmission digestive et pulmonaire, sont exceptionnelles. La forme la plus fréquente est la pustule maligne. Au site de l'inoculation apparaît, après une incubation silencieuse de 4 jours, une papule unique érythémateuse qui évolue en 24 heures vers une vésicule prurigineuse. Cette vésicule laisse place à une érosion qui noircit et prend l'aspect d'une escarre noirâtre, sèche, entourée d'un bourrelet inflammatoire et induré. Ce bourrelet se parsème de vésicules, laissant l'escarre progresser jusqu'à une taille de plusieurs centimètres de diamètre, entourée d'une inflammation intense. Une adénopathie périphérique est palpable. La lésion est indolore et ne s'accompagne ni de fièvre ni d'altération de l'état général. L'évolution favorable, souvent observée spontanément, est hâtée par le traitement. Dans 10 p. 100 des cas, une diffusion septicémique peut survenir.
Les formes multiples sont rares. L'inoculation en région orbitaire du charbon peut se compliquer d'un œdème extensif du visage, pouvant atteindre les voies respiratoires et entraîner la mort par asphyxie. L'œdème malin est l'association d'un charbon cutané et de lésions inflammatoires intenses œdémato-bulleuses dans un contexte de syndrome toxinique.
La forme pulmonaire, après inhalation de spores, est très sévère, résultant en un syndrome de détresse respiratoire aiguë de l'adulte rapidement fatal.
Le diagnostic est assurée par l'analyse bactériologique des prélèvements effectués au niveau des vésicules périphériques : coloration de Fadyean au bleu de méthylène et culture sur gélose au sang [1].
1 - CIBLES THÉRAPEUTIQUES
Les mesures thérapeutiques à mettre en œuvre sont :
— la prise en charge thérapeutique rapide car il existe un délai au delà duquel la quantité de toxine produite devient létale ;
— des mesures sanitaires appliquées au cheptel vivant (élimination ou traitement des animaux malades) ou mort (incinération), et aux viandes importées (interdiction des importations d'animaux provenant de régions enzootiques) ;
— la prophylaxie antibiotique post-exposition en cas d'inhalation de spores (accidents industriels ; guerre bactériologique) ;
— l'organisation des conditions de travail et des mesures d'hygiène dans les établissements où les produits animaux sont transformés.
2 - OUTILS DU TRAITEMENT
Bacillus anthracis reste remarquablement sensible aux antibiotiques et notamment aux bétalactamines. Seules quelques souches résistantes à la pénicilline G ont été signalées. La majorité des souches sont sensibles aux tétracyclines, aux macrolides, aux fluoroquinolones et aux aminosides.
3 - STRATÉGIE THÉRAPEUTIQUE
Le traitement de la pustule maligne fait appel à :
— une antibiothérapie orale par pénicilline V (Oracilline®) à la posologie de 1 million d'UI quatre fois par jour pendant 6 jours ;
— les alternatives sont l'érythromycine 30 mg/kg/j ou la tétracycline 30 mg/kg/j pendant 6 jours ;
— des soins locaux : désinfection et parage simple sans excision lésionnelle ;
— des mesures d'hygiène : incinération des vêtements en contact avec l'escarre, mesures d'asepsie et isolement si patient hospitalisé.
Les lésions extensives et/ou diffusion septicémique nécessitent une bi-antibiothérapie parentérale par pénicilline G 20 millions d'UI/j et aminoside gentamycine 3 mg /kg/j pendant 20 jours, associée à une corticothérapie en cas d'œdème malin.
4 - BIOTERRORISME ET PROPHYLAXIE POST-EXPOSITION
Depuis les craintes récentes quant à l'utilisation de Bacillus anthracis en tant qu'agent de bioterrorisme, des recommandations ont été édictées concernant la prophylaxie après exposition au risque. Ces recommandations tiennent compte de l'excellente efficacité des fluoroquinolones dans les modèles animaux et de la possibilité de souches manipulées par les « agresseurs » pour leur conférer une résistance à la pénicilline et aux tétracyclines. Ainsi la prophylaxie après exposition repose sur l'utilisation, dans les plus courts délais après contact avec l'aérosol toxique, de ciprofloxacine orale 500 mg x 2/j chez l'adulte, 10-15 mg/kg/12h chez l'enfant durant 60 jours. L'utilisation des fluoroquinolones reste recommandée chez la femme enceinte et l'enfant au vu de l'absence d'effet tératogène démontré et de l'extrême gravité de l'infection. Dans un second temps, si la confirmation d'une sensibilité à la pénicilline et cyclines est obtenue, le traitement sera remplacé par amoxicilline ou doxycycline. Un vaccin inerte existe depuis 1970, nécessitant 6 injections en série. Il a été utilisé chez les militaires américains et les personnels de laboratoire aux USA. Il est recommandé par les autorités américaines en prophylaxie post exposition au risque.
5 - CONCLUSION
Le charbon, ou anthrax, est une maladie bactérienne toxinique due à Bacillus anthracis présente dans les pays en voie de développement. L'homme se contamine par voie cutanée directe après manipulation de carcasses d'animaux contaminés. La forme cutanée principale est la pustule maligne : escarre noirâtre développée au site d'inoculation. Son traitement repose sur la pénicilline, la prophylaxie post exposition terroriste sur les fluoroquinolones.
Bibliographie
1.
Actualités de l’anthrax ou fièvre charbonneuse. Méd Trop, 1997, 57 : 52S-60S. Voir sur Pubmed
2.
Charbon. Encycl Méd Chir (Paris), Maladies infectieuses, 8-035-A-10, 2000, 6 pages. Voir sur Pubmed
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