Les deux principaux problèmes liés à la chronicité, la non-observance et l'altération de la qualité de vie, ont nécessité une réflexion sur les caractéristiques de toute relation médecin-malade et sur les conditions nécessaires pour obtenir la résolution de ces problèmes. La relation médecin-malade est une relation faite d'attentes et d'espérances mutuelles (par exemple le malade attend un soulagement et, si possible, une guérison, le médecin une reconnaissance de la part de son malade, une vérification de son pouvoir soignant).
La relation médecin-malade est une relation inégale : elle a pour point de départ la demande d’un sujet souffrant adressée à un sujet disposant d’un savoir.
La relation médecin-malade est une relation paradoxale : elle a le corps pour objet mais passe le plus souvent par la parole, ce qui peut être source de malentendus et d’incompréhension. En dermatologie, toute parole risque même d’être court-circuitée, le malade exhibant des lésions dont le dermatologue fait très souvent le diagnostic d’un seul coup d’œil.
Enfin, la relation médecin-malade est marquée par l’idéalisation : le médecin idéal est pour le patient celui qui pourra être à la hauteur de ses multiples espérances, le patient idéal est, pour le praticien, celui qui lui permettra au mieux de satisfaire sa « vocation » ; c’est-à-dire à la fois ses attentes conscientes et ses désirs inconscients.
Les notions décrites et définies par S. Freud : le contre-transfert et le transfert, ont aussi enrichi la réflexion autour de la relation médecin-malade. Le contre-transfert est le résultat de « l’influence du malade sur les sentiments inconscients du médecin ». La notion de contre-transfert désigne donc les mouvements affectifs du médecin en réaction à ceux de son patient et en relation avec son propre vécu de son histoire familiale et personnelle. La notion de transfert, quant à elle, se situe du côté du patient. Elle consiste en la répétition dans la situation d’adulte de modalités relationnelles vécues dans l’enfance. Dans la relation médecin-malade, ces dernières conduiront le malade à imposer certains styles de relation à son médecin. Par exemple, la relation qu’une pathomime noue avec son médecin a pour modèle celle qu’elle a nouée avec les figures parentales de son enfance : tout rapprochement, tout amour dont la pathomime a tant besoin et dont elle est tant dépendante, sont vécus comme portant en eux une menace de rupture, d’abandon et même d’agression. Cela explique l’attitude ambivalente de la pathomime à l’égard de son médecin et combien ce dernier ne doit pas se sentir personnellement visé par cette attitude.
Dans ces conditions, si les médecins savent bien maintenant qu’écouter le malade et l’entourage affectif de ce dernier est un aspect fondamental de la relation médecin-malade, c’est grâce aux échanges plus récents qu’ils ont noués avec les psychanalystes qu’ils apprennent l’importance de s’écouter soi-même face aux malades, c’est-à-dire de reconnaître les sentiments induits en soi-même par le malade, sentiments qui pourraient entraver la relation médecin-malade et donc les démarches diagnostique et thérapeutique. Ceci est particulièrement vrai lorsque le médecin généraliste ou le dermatologue a affaire à une maladie cutanée chronique. La médecine des maladies chroniques est une pratique, en effet, plus ingrate, plus imprévisible dans ses résultats, et plus impliquante car faisant appel à la conscience morale du médecin, à ses aptitudes relationnelles, psychologiques et pédagogiques et à sa subjectivité. Tout particulièrement, dans ce contexte, le médecin est interpellé par le malade dans ses représentations, ses convictions, ses croyances et éprouvera plus ou moins consciemment des affects variés provoqués par cette interpellation. Il lui faudra bien souvent montrer des capacités de négociateur habile et empathique à l'égard de son malade pour favoriser chez ce dernier la meilleure observance possible. Cette dernière est parfois obtenue après une longue négociation au cours de laquelle la non-observance peut être considérée par le médecin généraliste ou le dermatologue comme une chance à saisir pour établir une relation médecin-malade plus authentique et donc plus efficace. Pour réaliser cet objectif les deux protagonistes de la relation devront réfléchir ensemble aux motifs de la non-observance (de l'impossibilité à appliquer un traitement local à un épisode dépressif), sans que l'un (le malade) se sente jugé et que l'autre (le dermatologue) se sente visé personnellement.
A ce propos rappelons que M. Balint, psychanalyste d’origine hongroise, ayant vécu et exercé en Angleterre, a le premier suscité la constitution de groupes de médecins se réunissant régulièrement afin de réfléchir, en présence d’un psychanalyste, à leurs difficultés relationnelles avec certains de leurs malades (ce sont les « groupes Balint »). De tels groupes existent fréquemment, du moins en Europe, aussi bien pour les dermatologues ayant une pratique libérale que pour ceux qui travaillent en milieu hospitalier. Ces groupes sont donc des lieux de rencontre privilégiés pour les dermatologues et les psychanalystes.