La plupart des récentes études cliniques soulignent donc :
— l’effet bénéfique sur l’évolution de la maladie cutanée des interventions psychologiques visant à modifier la relation du sujet malade au stress (apprentissage de techniques de gestion du stress, de techniques de relaxation, psychothérapies) ;
— mais aussi l’existence de traits de personnalité favorisant l’impact d’un stress sur la peau d’un sujet donné. La notion d’un stress ne renvoie pas seulement, en effet, à une réalité extérieure mais également à la structure de la personnalité et aux capacités défensives du sujet confronté aux contraintes psycho-sensorielles externes et/ou aux péripéties de sa vie affective, libidinale. Les sujets plus fragiles sur le plan somatique seraient caractérisés par une grande difficulté à élaborer psychiquement les traumatismes psycho-affectifs, c’est-à-dire à les penser, donc à les inscrire dans un scénario significatif avec la reconnaissance et l’expression des sentiments que ces traumatismes psycho-affectifs ont déclenché en soi.
Ainsi sont apparus deux concepts : celui de pensée opératoire proposé en 1962 par les psychanalystes français Marty et de M’Uzan et celui, proche, d’alexithymie proposé en 1972 par Sifneos, un psychiatre américain.
La pensée opératoire est une pensée sans liens avec la vie fantasmatique, de tonalité rationnelle et factuelle, doublant et illustrant l’action, évitant le recours aux digressions personnelles, aux annotations affectives et aux images verbales (métaphores).
L’alexithymie (littéralement « pas de mots pour exprimer les émotions ») comporte quatre composantes :
— l’incapacité à reconnaître, à identifier et à exprimer verbalement ses propres émotions ;
— la limitation de la vie imaginaire, notamment de l’aptitude à la « rêverie diurne » ;
— la description détaillée des faits, des événements ou des symptômes physiques ;
— la tendance à recourir à l’action pour éviter ou résoudre les conflits.
Mais il faut certainement nuancer le rôle de ces caractéristiques de fonctionnement psychique dans le déclenchement et la survenue de poussées de maladies cutanées. D’ailleurs, une étude comparative du degré d’alexithymie a été réalisée chez 32 patients psoriasiques et 120 sujets sains appariés. Si les malades psoriasiques avaient plus de traits alexithymiques, la différence entre les deux groupes de malades n’était pas significative. Ces éléments corroborent les données cliniques et le matériel recueilli lors des psychothérapies, qui sont loin de trouver fréquemment un fonctionnement mental alexithymique ou une personnalité dite psychosomatique chez les malades souffrant d’une affection cutanée.
On peut néanmoins penser, comme les psychothérapeutes et les psychanalystes le pressentaient depuis longtemps, que l’aptitude de l’individu à reconnaître en lui-même et à exprimer ses émotions face aux stress de la vie quotidienne et aux conflits psychiques en général a un effet modulateur sur sa santé. De ce fait, des études extrêmement intéressantes vont dans ce sens. Par exemple, une étude a montré que des étudiants auxquels on avait demandé, lors d’un protocole expérimental, de raconter dans une lettre imaginaire à un ami un événement vécu particulièrement stressant présentaient des taux d’anticorps anti-EBV d’autant plus élevés qu’ils avaient tendance à avoir des difficultés à exprimer leurs émotions au sein d’une telle évocation fictive. Ces résultats suggèrent donc une association entre une tendance à la répression émotionnelle et la réactivation de virus saprophytes, présents de manière quiescente dans de nombreux organismes, comme les virus du groupe herpès, possiblement à la faveur d’une diminution de l’activité des lymphocytes T suppresseurs/cytotoxiques [3].
Bibliographie
3. ESTERLING B, ANTONI MH, KUMAR M et al. Emotional repression, stress disclosure responses, and Epstein-Barr viral capsid antigen titers. Psychosom Med, 1990, 52 : 397-410