L’ionophorèse est l’introduction transcutanée d’ions en solution aqueuse, mus par un courant électrique. Le champ créé par le courant galvanique permet la migration des ions du soluté vers l’électrode de signe opposé. Encore appelée galvano-ionisation, galvanothérapie, galvanisation, médication ionique, ionthérapie, ionisation, le terme iontophoresis est l’équivalent en langue anglaise.
Connue depuis plus de 200 ans, sa fiabilité fut démontrée par Leduc en 1900 [1] dans sa célèbre expérience de lapins « branchés » en série. Ayant déposé de la strychnine ou du cyanure sur des électrodes de même charge, il pouvait en fonction du sens du courant, soit tuer les animaux dans un tableau toxique caractéristique, soit les épargner. Depuis, les indications de thérapeutique transcutanée n’ont cessé de se diversifier [2].
La hyaluronidase est utilisée dans le sclérodermies généralisées et les lymphœdèmes, les glucocorticoïdes dans la maladie de La Peyronie, la triamcinolone en chirurgie cranio-faciale et la méthylprednisolone dans l’aphtose et les lichens buccaux.
En ondotologie, la migration intragingivale d’anesthésiques locaux se fait couramment par ionophorèse en Italie, de même que la migration de sels de fluor vers la dentine.
En dermatologie, à côté des premières ionophorèses d’histamine ou de zinc dans les ulcères de jambe, une palette très large d’indications a été proposée. La plus étonnante, l’utilisation de cisplatine par Guthrie dans le traitement des carcinomes basocellulaires étendus de la face, est aujourd’hui abandonnée. Dinet a rapporté des observations spectaculaires de verrues en mosaïque contrôlées par ionophorèse au salicylate de soude.
La grande redécouverte des années 1980 en dermatologie fut l’efficacité de l’ionophorèse à l’eau du robinet dans les hyperhidroses. Depuis les expériences de Leduc, Schelley et Levit ont amélioré cette technique.
Un générateur de courant électrique, alimenté par piles, accumulateur rechargeable ou courant secteur, permet à l’aide d’un potentiomètre de moduler l’intensité du courant entre 0 et 20 mA sous 50 volts. Les bornes du générateur sont reliées à deux électrodes placées dans un bac emplit d’eau du robinet. Une fois le circuit fermé, les mains ou les pieds étant placés dans le bac, bien séparés des électrodes, le mouvement des ions traverse la peau du patient. La teneur en Cl– et Na+ de l’eau courante est suffisante et ne nécessite pas l’adjonction de sel.
Désormais, le générateur de courant doit être conçu conformément aux normes européennes de sécurité : 93/42/CEE correspondant aux dispositions de la loi du 18 janvier 1994 et du décret 95-292 du 16 mars 1995.
Pour obtenir un rendement optimal, l’inversion des électrodes s’impose. Dans les appareils modernes, cette inversion est réalisée automatiquement. Il est souhaitable que l’intensité ne dépasse pas 20 mA sous peine de rendre la séance douloureuse, en fonction de la sensibilité de chaque sujet et plus particulièrement chez les enfants. Les précautions d’utilisation sont celles recommandées pour tout appareil électrique (sèche-cheveux, rasoir électrique, fer à repasser). De plus, le courant traversant le corps humain, les objets métalliques doivent être retirés : bagues, montre, chaînes. Pour des raisons médico-légales, l’existence d’un pacemaker contre-indique cette technique, de même que l’existence de clous-plaques de surface importants, de dispositif intra-utérin, ou la grossesse. En cas d’anesthésie cutanée, la technique est aussi contre-indiquée, le malade n’étant pas apte à sentir, par exemple, une nécrose débutante. La peau ne doit jamais être au contact d’une électrode sinon apparaîtra une nécrose électrique de coagulation. Il ne faut pas retirer la main ou le pied quand passe le courant, cette ouverture du circuit entraînerait un choc désagréable mais non dangereux. En cas de fissure ou de lésion cutanée, les recouvrir de vaseline permet de les protéger de l’irritation électrique.
Quelques incidents discrets sont parfois observés : prurit, érythème, impression de cuisson locale, dysesthésies à type de picotements, fourmillements, engourdissements. Les hyperhidroses compensatrices après ionophorèse restent temporaires et peu importantes. Une hyperémie cutanée peut être contrôlée par l’absorption de 500 mg d’acide acétylsalicylique. En cas d’irritation plus importante peuvent être notés un eczéma, des phlyctènes, parfois des douleurs musculaires. Les brûlures électriques restent exceptionnelles, elles s’expliquent par des contacts peau-électrodes ou un défaut de protection des électrodes responsable de l’apparition d’un arc électrique. Afin de prévenir le personnel médical en cas d’incident, une alarme (sonnette) est recommandée à proximité du patient pendant la séance.
Les résultats sont bénéfiques dans les hyperhidroses palmo-plantaires modérées avec un taux de satisfaction qui varie suivant les auteurs de 70 à 100 p. 100. Ils sont plus aléatoires pour traiter les aisselles, malgré l’emploi d’adaptateurs particuliers.
Une première théorie très séduisante fut élaborée par Shelley et al. dans les années 1950 [3]. Ces auteurs rendaient l’afflux d’électrolytes responsables d’une irritation avec obstruction des ostiums glandulaires. La théorie du bouchon est aujourd’hui contestée car les différentes recherches anatomo-pathologiques et les strippings étagés, n’ont jamais permis de mettre en évidence ce phénomène physique.
Une autre théorie est aujourd’hui envisagée, celle du gradient électrique. Un trouble fonctionnel transitoire rendrait les glandes sudoripares insensibles aux stimuli pharmacologiques. Un blocage de la pompe à sodium serait responsable de l’inhibition de l’excrétion sudorale ou d’un arrêt de la neurotransmission. C’est ainsi que Stolman [4] a proposé la théorie du gradient électrique responsable d’une véritable barrière physiologique.
Prenons comme exemple le traitement d’une hyperhidrose plantaire bilatérale. Le patient place un pied dans chaque cuve remplie d’eau, met le contact et augmente progressivement l’intensité jusqu’à 20 mA. Pendant les 20 à 30 minutes de traitement, il ne doit pas sortir son pied de l’eau sous peine de créer un choc électrique désagréable, mais sans gravité, dû à la rupture du circuit. Cette description est bien entendu propre au traitement des hyperhidroses plantaires car, dans tous les traitements où un produit précis doit pénétrer dans la peau, il faut que l’orientation des électrons soit dirigée vers la zone à traiter. En fin de séance, il diminue progressivement l’intensité avant de couper le contact. Ensuite, les bacs seront nettoyés à l’aide d’une solution d’eau de Javel diluée au 1/10e.
Le traitement des hyperhidroses palmaires est identique, mais le patient, ne pouvant mobiliser ses mains hors des cuves, est branché et débranché par une tierce personne.
Dans les hyperhidroses axillaires, les cuves sont remplacées par des adaptateurs particuliers. Ainsi Midtguard propose-t-il une balle de gaze de la taille d’une balle de tennis enveloppée d’une plaque de plomb de 10 ´ 8 ´ 0,2 cm, recouverte de peau de chamois pour ne pas brûler le patient. L’ensemble est maintenu en place dans l’aisselle par un adaptateur en caoutchouc.
Dans tous les cas, le rythme des séances varie de trois à six par semaine. Les premiers résultats sont obtenus vers la neuvième ou douzième séance. Non définitifs, ils impliquent un traitement d’entretien d’une à deux séances par mois. Quelques améliorations définitives s’expliquent par une composante psychique prédominante.
Dans les atteintes axillaires, l’ionophorèse est préconisée dans les formes modérées, mais le vrai problème est de pouvoir obtenir des adaptateurs suffisamment performants, de sorte que le pourcentage de succès dans cette indication n’est pas très élevé.
Les atteintes palmaires d’intensité moyenne sont bien contrôlées par l’ionophorèse. Les atteintes plantaires sont aussi contrôlées dans les formes peu sévères.
Ainsi l’ionophorèse trouve-t-elle sa place pour traiter certaines formes d’hyperhidroses idiopathiques entre les prescriptions d’antisudoraux et les techniques plus radicales comme la chirurgie sympathique par voie endoscopique.
1. LEDUC S. Introduction of medicinal substances into the depth tissues by electric current. Ann Electrobiol, 1900, 3 : 545-560.
2. SHELLEY WB, HORVATH P, WEIDMAN F et al. Experimental miliaria in man. Production of suit retention anhidrosis and vesides by means of iontophoresis. J Invest Dermatol, 1948, 11 : 275-291.
3. SLOAN JB, SOLTANI K. Iontophoresis in dermatology. A review. J Am Acad Dermatol, 1986, 15 : 671-684.
4. STOLMAN LP. Treatment of excess sweating of the palms by iontophoresis. Arch Dermatol, 1997, 123 : 893-896.
Ce site respecte les principes de la charte HONcode.
Vérifiez ici.